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    L'historique du 29 mai au 14 juillet 1918

     

    Depuis le 27 mai 1918, l'ennemi a, en effet, prononcé à l'est de Soissons une violente offensive. Les faibles forces qui lui étaient opposées, après avoir résisté opiniâtrément, submergées par les puissants moyens mis en rouvre par leur adversaire, ont dû céder le terrain. L'ennemi avance rapidement, ne trouvant plus devant lui que des fractions disloquées sans consistance.

    Le 29 mai, après avoir pris Soissons, il a poussé jusqu'aux abords de Charantigny, Villemontoire, Hartenne et Taux, que tiennent faiblement des éléments de la 1ère D. I., épuisés par trois jours de lutte. Là encore, c'est une mission de sacrifice qui va être confiée au 41eme qui l'accomplira avec une stoïque abnégation.

    Débarqués à Longpont respectivement, le 29 mai 1918, à 4 et 5 heures, les 2eme et 3eme bataillons du 41eme sont immédiatement lancés dans la bataille. A midi, ils étaient en première ligne aux prises avec l'ennemi, étayant les fractions de la 1ère D. I., le 2eme bataillon, à droite, s'étendant de Tigny (tenu par le 7eme R. I.) à La Râperie, le 3eme bataillon de La Râperié au tunnel de Vierzy, en liaison avec les troupes de la 74eme D. I.

    Le 1er bataillon, débarqué dans la soirée, était mis à la disposition du colonel commandant le 7eme et chargé d'occuper le village de Parcy-Tigny; par contre, le 2eme bataillon du 7eme était mis à Vierzy à la disposition du colonel commandant le 41eme, qui installe son P. C. dans cette localité.

    Pendant toute la journée du 29 et la nuit du 29 au 30, l'ennemi essaye vainement de s'infiltrer dans nos lignes. Partout il est repoussé avec pertes.
    Au cours de la nuit, les fractions de la 1ère D. I. sont définitivement retirées du front, qui reste tenu exclusivement par les troupes de la 131eme D. I. Le front de combat du régiment est considérable : 4 kilomètres environ pour deux bataillons.

    Le 30, dans la matinée, l'ennemi, débouchant en forces de Charantigny et de Villemontoire, essaye à plusieurs reprises, et après une violente préparation d'artillerie et de tirs de mitrailleuses, de progresser devant le front du régiment. Nos fusils-mitrailleurs et nos mitrailleuses lui font subir de lourdes pertes et l'arrêtent net. Nouvelle tentative à la tombée dé la nuit aussi infructueuse. Cependant, à droite, le 9eme bataillon de chasseurs; qui tenait encore le village de Taux, a dû se replier, laissant entre le 7eme R. I., qui occupe Tigny, et la droite du 41eme, un vide que le commandant du 2eme bataillon doit aussitôt combler en étendant sa droite.

    Pendant toute la matinée du 31 mai, l'ennemi exécute de violents bombardements par obusiers et minenwerfers sur nos premières lignes et sur Vierzy. Après quoi, il tente de nouvelles attaques.
    Il est vivement ramené chaque fois qu'il veut déboucher sur le front du 41eme. Mais son effort principal se porte sur Tigny, où convergent plusieurs attaques. A midi, Tigny est perdu par le 7eme R. I.
    Dès lors, il existe entre la droite du 4i° et la gauche du 7eme un vide qu'il sera impossible de combler et par lequel s'infiltrera l'ennemi. La section de droite de la 1ère compagnie (extrême droite du 2eme bataillon), complètement encerclée, lutte héroïquement pendant plusieurs heures, se laisse anéantir, mais donne, par son admirable sacrifice, le temps au commandant du 2eme bataillon d'effectuer le repli de sa droite. Peu après, en raison des pertes considérables subies par ses unités, il est amené à replier tout son bataillon sur la crête immédiatement à l'est de Vierzy.
    La 10eme compagnie (capitaine Le Bozec), à la droite du 3eme bataillon, renouvelle l'exploit de la 7eme compagnie. Une lutte épique s'engage entre l'ennemi et cette unité qui se laisse complètement
    encercler et ne mnt bas les armes qu'après avoir épuisé toutes ses munitions et avoir vu les trois quarts de son effectif mis hors de combat. Avec les débris de la 10eme compagnie, le commandant du 3eme bataillon et son capitaine adjudant-major étaient tombés aux mains de l'ennemi.
    Entre temps, un régiment, le 273eme, est arrivé dans le ravin est de Vauxcastille, prêt à intervenir dans la lutte. A 20 heures, ce régiment se déploie sur le plateau au nord de Vierzy, pour contre-attaquer. Les barrages de l'artillerie ennemie ne lui permettent pas de progresser; ses premières vagues ne dépassent pas la ligne tenue par le 41eme.

    Pendant toute la nuit du 31 mai, les débris du 41eme, aidés par la compagnie du génie (Hulin), creusent des tranchées et se fortifient au nord et à l'est de Vierzy. L'ennemi se borne à tâter nos positions avec de fortes patrouilles qui, reçues à coups de fusil, se replient vivement.
    Le bombardement de Vierzy et des premières lignes est repris le 1er juin dès 7 heures. De grosses masses ennemies sont signalées vers Villemontoire-Charantigny. De plus, Parcy-Tigny a été enlevé et l'ennemi est signalé plus au sud en marche sur Villers-BIelon. A 9h15, l'ennemi, avec des forces considérables, prononce une attaque générale sur Vierzy. Partout il est contenu. Le 273eme contribue à la défense. Il bouche avec ses éléments les vides qui se produisent dans la ligne; désormais, la ligne est constituée de fractions mélangées du 41eme et du 273eme. A midi, l'attaque de l'ennemi est enrayée, mais le capitaine Santini, commandant le 2e bataillon, est tué. A midi 15, nouvelle préparation d'artillerie, plus violente encore que la précédente. A 13h15, nouvelle attaque, très puissante, sur le plateau au nord de Vierzy; grâce à une contre-attaque du 273eme, la position est maintenue; mais au sud de Vierzy, l'ennemi réussit à prendre pied dans le parc du château et à progresser vers le moulin de Villers-Helon.

    Toute la journée la lutte se poursuivra sur le plateau au nord de Vierzy et ce n'est qu'à la nuit que les débris du 41eme (environ 200 combattants), ramenés en arrière, viennent occuper une position de repli entre Vauxcastille et le moulin de Villers-Helon.

    Après le combat du 1er juin 1918, le 41eme n'existe pour ainsi dire plus : les 2eme et 3eme bataillons ont perdu leur chef et la plus grande partie de leurs officiers; l'effectif des compagnies est réduit à une vingtaine d'hommes; le 1er bataillon, qui avait été mis à la disposition du colonel commandant le 7eme R. I., a été aussi vivement éprouvé. Après avoir défendu Parcy-Tigny avec la plus grande opiniâtreté, il a dû se replier, ayant perdu les trois quarts de son effectif.

    Le 41eme s'est sacrifié, mais il a puissamment contribué à enrayer la progression de l'ennemi et il lui a fait payer chèrement son succès relatif.

    Le 2 juin, les débris du 41eme, groupés autour de la ferme de Vertefeuille, tiennent encore tête à l'ennemi toute la journée.

    Le 3, le reste du régiment (225 combattants), ramené derrière Curey, est formé en quatre sections de marche et deux sections de mitrailleuses et reste en réserve de D. I.

    Du 4 au 10 juin, cette fraction se tiendra encore prête à intervenir dans les combats qui se livrent à la lisière de la forêt de Retz et organisera défensivement la position.

    A la suite des combats de Vierzy, le 41eme est cité à l'ordre de l'armée :

    Débarqué le 29 mai 1918, en plein combat, et mis immédiatement en ligne, a, sous les ordres du colonel Martinet, défendu pendant six jours, pied à pied, le terrain avec une ténacité et un courage admirables, brisant les attaques incessantes d'un ennemi supérieur en nombre, le refoulant à maintes reprises par des contre-attaques menées avec la dernière énergie, maintenant pendant quatre jours un important point d'appui et contribuant puissamment par son admirable sacrifice, à arrêter la progression de l'adversaire.

    Et la fourragère lui est attribuée.

    Se sont distingués au cours de ces combats : le commandant Jouanneau; les capitaines Pacconi, Santini, Le Bozec; les lieutenants Noblet, Leblanc, Keller, -Delahaye, Masselot; les sous-lieutenants Bochler, Richomme, Sevin, Auffray, Ducrocq, Bertin-Maghit; le sergent Falala; les soldats Cadieu et Le Merdy;
    l'adjudant Connan et le soldat Lagnier (médaille militaire).

    Du 10 au 25 juin, le régiment, ramené dans la région d'Ivors (sud de la forêt de Retz), est employé à des travaux d'organisation défensive.

    Après huit jours de repos dans la zone de Tannois (est de Bar-le-Duc), le régiment est transporté en Argonne et chargé d'organiser défensivement une position entre Les Islettes et Sainte-Menehould.

     

     

    extrait de l'historique sommaire du 41e 

    HENRI CHARLES-LAVAUZELLE

     


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