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    Depuis plusieurs jours, la lutte est engagée entre les avant-gardes ennemies et les faibles effectifs que nous pouvons seulement leur opposer encore.

    Le 3 octobre 1914 au matin, notre ligne, tenue par des chasseurs à pied, des zouaves, passe par Hamelincourt, Boyelles, Saint-Martin-Cojeul; Hénin est tenu par le 59eme bataillon de chasseurs à pied, et, à gauche, Neuville-Vitasse est occupé par le 60eme bataillon de chasseurs à pied. Plus au nord, nous n'avons que de la cavalerie. L'ennemi occupe Ervillers, Croisilles, Fonteine-les-Croisilles. Ses têtes de colonne sont signalées vers le nord-est, s'avançant sur Arras.
    Tandis que le 1er bataillon est maintenu au nord et à l'ouest d'Hénin, pour en renforcer la défense, les 2eme et 3eme bataillons, partant du nord-ouest de Mercatel, doivent, par Neuville-Vitasse et Waucourt, se diriger sur Monchy-le-Preux et s'y établir.
    Dès 8 heures, le mouvement est entamé avec un magnifique entrain, le 3eme bataillon en tête, le 2°eme en échelon à droite. Mais l'ennemi a déjà atteint Waucourt. Il est appuyé par une puissante artillerie qui écrase Neuville-Vitasse et balaye le terrain au nord du village. Le 3eme bataillon est arrêté à hauteur de la lisière est de Neuville-Vitasse, d'où il engage avec l'ennemi un violent combat de mousqueterie. Le 2eme bataillon, à sa droite, s'engouffre dans le village, dont les défenseurs, décimés, sont réduits à une poignée d'hommes, et vient en occuper la lisière est.

    Toute la journée, l'ennemi, avec des forces très supérieures en nombre, va tenter d'enlever le village. Il se heurtera chaque fois à une opiniâtre résistance des fractions du 2eme bataillon, qui, par des charges à la baïonnette, le rejetteront des parties du village où il aura réussi à prendre pied. Enfin, vers la fin de la journée, il parviendra, après avoir subi de lourdes pertes, à pénétrer par la lisière sud jusqu'à l'église et à s'installer solidement au centre.

    Le 3 octobre au soir, le 41eme tient toujours les parties est et ouest de Neuville, le chemin de Neuville à Beaurains et celui de Neuville à Mercatel; le 1er bataillon est toujours entre Hénin et le moulin au nord du village. La nuit n'interrompt pas le combat. Les Allemands profitent du clair de lune pour essayer de s'infiltrer entre Hénin et Neuville, des Combats à la baïonnette s'engagent. L'ennemi est repoussé.
    Un peu avant le jour, nouvelle attaque au nord et au sud de Neuville. La baïonnette est au bout du canon, mais, grâce au feu violent de nos fantassins qui font preuve d'un grand enthousiasme, l'ennemi est arrêté à 50 mètres de nous et se blottit dans les replis du terrain.
    Malheureusement, les munitions manquent, le lieutenant-colonel Delmas est tué vers 6 heures; le commandant Grobert prend le commandement du régiment. Vers 7 heures, après une préparation d'artillerie formidable, les Allemands donnent l'assaut aux tranchées occupées par le 1er bataillon, entre le moulin et Hénin. Le commandant Gilquin, le capitaine de Tressais sont tués; les 3eme et 4eme compagnies livrent un combat corps à corps où presque tous les hommes sont tués ou blessés, succombant sous le nombre des assaillants.
    Le lieutenant-colonel Bordeaux, qui commande les défenseurs de Neuville (60eme bataillon de chasseurs à pied), envoie à ce moment au commandant Grobert l'ordre de retraite immédiate par échelons.
    Bien que l'ennemi ne soit qu'à une cinquantaine de mètres d'eux, les 2eme et 3eme bataillons réussissent à se décrocher.
    Vers midi, les débris du régiment sont reformés sur la voie ferrée à l'ouest de Mercatel, où ils se retranchent.
    Il n'y a plus autour du drapeau que 650 combattants.

    Le lendemain 5 octobre, l'offensive allemande se poursuit; les forces françaises sont refoulées sur le Crinchon. Le commandant Grobert reçoit l'ordre d'occuper, avec les débris du régiment, le village d'Agny et d'y tenir coûte que coûte. Cet ordre sera exécuté, et pendant quatre jours, en dépit du bombardement ennemi qui détruit et incendie une partie du village, le 41eme tient bon et repousse toutes les attaques de l'ennemi.

    Dans ces six jours de lutte ininterrompue, le 41eme a perdu 2 000 hommes environ; il ne lui reste que 15 officiers. On peut dire qu'il s'est sacrifié, mais cela n'a pas été en vain. La poussée allemande sur Arras est définitivement enrayée.
    L'héroïsme du régiment est récompensé par la citation suivante à l'ordre de l'armée :

    S'est comporté très brillamment depuis le début de la campagne, notamment aux combats de Craonne et de Neuville-Vitasse, deux tiers de son effectif et la où il a perdu les plus grande partie de ses officiers.Se sont particulièrement distingués : le lieutenant-colonel Delmas, le commandant Gilquin, les capitaines de Tressan, Rougé, le lieutenant Le Rohellec, le sous-lieutenant Le Floch, les sergents Mercier et Cojan, les caporaux Aspord et Bouamy, le soldat Glerie, le soldat brancardier Busson. 

    Le 8 octobre 1914, soir, le régiment est relevé par le 2eme R. I. Avec les éléments survivants du 41eme il est formé, sous les ordres du capitaine Rougé, un détachement qui, dirigé sur l'Yser, livrera bataille, souvent avec succès, à Vermelles, à Staden, à Roulers, à Westroosebecke, à Bixschoote-Steenstrate.
    Le commandant Grobert, avec la C.H.R. (Compagnie Hors Rang), les T.C. (Train de Combat) et le T.R. (Train Régimentaire), reste à Warlus pour reconstituer le 41eme.

    Le 15 octobre 1914 et les jours suivants, le régiment reçoit un renfort de 2 100 hommes qui permet de reformer deux bataillons qui, dès le 26 octobre, vont occuper le secteur en face de Ransart.

    Le 29 octobre 1914, un nouveau renfort permet de reconstituer le 3eme bataillon. Le régiment est donc complètement reformé lorsque, le 23 novembre, le lieutenant-colonel Féderhpil vient en prendre le commandement.
    Le détachement du commandant Rougé, revenant du Nord, vient, quelques jours plus tard, renforcer le 41eme.
    De ce secteur calme, mais fréquemment alerté, le régiment sera relevé à fin février 1915 par le 9eme cuirassiers.

    Se sont particulièrement distingués pendant cette période les sous-lieutenants Pacconi, Bouchard, Lotz; les sergents Houget, Chollard, Sage, Froger, Deslandes, Evain, Tual, Brin; les soldats Lény, Simon, Garnier.

    Après un repos de quelques jours à Wanquetin, le régiment ira relever, le 25 février 1915, le 2eme zouaves dans le secteur d'Ecurie, au nord d'Arras. Là, le régiment fera connaissance avec les premiers minens et prendra part à une guerre de mines acharnée, qui lui causera des pertes sérieuses.
    Le 31 mars 1915, le 41eme relèvera, dans le secteur de Roclincourt, le 71eme R. I.

     

     

    extrait de l'historique sommaire du 41e 

    HENRI CHARLES-LAVAUZELLE

     


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